Je vous crache à la gueule et je racle le fond de ma gorge pour en exprimer mon sang,
Mon sang dans lequel j’ai accumulé Chikungunya, Paludisme, Syphilis et Sida,
Au travers de mes voyages.

Je vous crache à la gueule,
Vous, les voyageurs qui prenez un avion pour aller à l’autre bout du monde,
Pour retrouver vos amis voyageurs qui ont la culture la plus semblable à la vôtre,
Pour aller dans des hôtels bulles à l’abri du monde réel dans lequel vous vous trouvez,
Où vous mangez la même merde que chez vous, en jetant à la poubelle vos restes,
Que les enfants locaux iront trouver pour survivre un peu plus.

Je vous crache à la gueule,
Vous qui souhaitez vous dépayser en gardant vos mêmes habitudes,
En vous enfonçant sereinement dans les supermarchés du tourisme,
Pour faire la fête comme à la maison,
Pour regarder les indigènes comme des animaux dans un zoo,
Pour regarder les animaux comme vous regardez une émission de télévision au fond du fauteuil bien confortable,
Du jeep que vous avez payé pour vous sentir en sécurité,
Avec le guide local que vous avez contribué à occidentaliser pour vous sentir un peu plus comme à la maison,
À l’abri des dangers de ces pays, loin du contact de ces malades qui agonisent dans la rue,
En prenant des médicaments que vous payez le prix des salaires mensuels des habitants,
Pour vous protégez des maladies qu’ils doivent subir et qu’ils pourraient vous transmettre.
En racontant fièrement en rentrant chez vous, que vous avez fait du volontariat dans un pays du tiers monde,
Que vous avez enseigné aux pauvres à la manière des missionnaires d’antan et d’aujourd’hui,
Mais qu’avez vous appris?

Je vous crache à la gueule,
Vous, putains de latinos, qui me parlent en anglais,
Dans votre petit monde il n’existe que les latinos, les chinois et les États-uniens,
Je vous crache à la gueule car je viens de la France et quand vous me confondez avec ces abrutis de gringos, vous m’insultez.
Vous me faites gerber quand après avoir bouffé dans des emballages plastiques,
Vous balancez vos déchets dans le fleuve Amazone,
Putain mais ce n’est pas un manque d’éducation,
C’est juste visuel et vous devriez ressentir que vous vous comportez comme des porcs.

Je vous crache à la gueule,
Vous qui restez bien paisiblement chez vous,
En vous croyant en sécurité, en espérant secrètement,
Que pour le culot que l’autre aura eu d’aller dans un pays tropical et pauvre,
Il mourra avant vous,
Mais vous mourrez avant lui et je crois même que vos enfants mourront avant vous,
Ou n’êtes vous pas déjà morts?
En allant faire la grève suivant bêtement celui qui réveille en vous un sentiment de révolte que vous n’avez pas développé vous-même,
En vous plaignant de manière lamentable de votre vie,
En hurlant que le coupable de votre malheur c’est votre chef, votre président, vos voisins ou vos parents,
En imaginant le monde à l’image des informations télévisuelles que vous regardez quotidiennement,
En allant voter inconsciemment ce qu’on vous y a inculqué,
Éteignez vos télés.

Je viendrai vous cracher à la gueule mon sang,
Et tout ce qui vous effraie de la réalité que vous ne connaîtrez jamais,
Je vous trouverai et je vous cracherai à la gueule.

Vous les bourgeois qui trouvez que les gens de la rue méritent leur misérable sort,
Vous les gens de la rue qui trouvez que la place de la femme est derrière les fourneaux,
Vous les femmes qui pensez que les gays iront en enfer,
Vous les gays qui méprisez ces indiens sales qui manquent d’éducation,
Vous les indiens qui ne comprenez pas ces travailleurs blancs matérialistes,
Vous les blancs qui vous représentez les arabes comme des criminels religieux,
Vous les arabes qui dégueulez sur les bourgeois qui ont tout parce qu’ils sont nés bourgeois.

Vous me dégoûtez les pions,
Les « on y peut rien », les « c’est comme ça » ou les « c’est pas de ma faute »,
Votre passivité me fait gerber,
N’avez vous pas encore compris que vous êtes au volant de votre vie?
Que ce monde duquel vous vous plaignez, c’est vous qui le faites?
En ce moment, maintenant, au présent,
Oui, vous êtes compris dans un tout,
Et comme tout le monde vous y êtes importants,
Car vous êtes ce tout,
Vous avez les rennes et vous avez choisi d’être ce que vous êtes,
Tout ce que vous croyez n’est que fiction dans vos têtes,
Et ce que vous rêvez de croire, croyez-le pour le transformer en réalité,
C’est tellement simple,
Vous êtes juste assez cons pour vous laisser imposer la réalité de ceux qui veulent tirer les ficelles en exclusivité.

Je vous crache à la gueule pour détruire vos barrières fictives et vous laisser reconstruire la réalité que vous avez envie de faire vivre,
Car je vous aime.

Je t’aime toi, qui passe 80% de son temps dans une dimension lointaine et incompréhensible,
Sous l’effet de la kétamine, injectée par intraveineuse,
Dans un processus créatif inépuisable que tu transformes en projet concret épanouissant et thérapeutique pour ceux de ta race et pour ta planète,
Je t’aime toi, qui a choisi l’homosexualité,
Car il est tellement plus simple de jouir de ces plaisirs de son corps avec un humain qui te ressemble et éprouve ces mêmes envies,
Malgré la pression exercé par les autres, en particulier au nom de la religion,
Je t’aime toi, qui exerce avec excellence une profession qui requiert intelligence et responsabilité,
Et qui partage avec moi pendant quelques instants,
Cette folie, cette poudre blanche, cette cigarette et ce verre d’alcool,
En explorant ensemble les abysses infiniment profondes de nos pulsions,
Je t’aime toi, qui a vaincu tes peurs,
Qui a vu au-delà de ton entourage qui t’a prouvé scientifiquement l’impossibilité de tes projets,
Et qui a finalement réalisé son rêve parce que c’est cela que tu voulais.

On est humains, adaptables et pourvus des capacités pour réaliser ce que l’on choisit d’être,
Il n’existe strate sociale, personnes plus ou moins capables,
Pour la seule raison que vous y croyez.
Libérons nous des barrières inexistantes de notre mente,
Et forgeons ce monde à l’image de ce que nous voulons.