Tout d’abord, pardon pour le titre provocateur. C’est dommage et malheureux de véhiculer une telle image sur une ville, un pays, qui luttent quotidiennement contre les stéréotypes auxquels on les associe et que vous connaissez certainement. Et si vous avez lu les autres articles que j’ai écris, vous ne doutez certainement pas que j’adore la Colombie et que je n’ai aucunement envie de noircir son image. La Colombie, ce sont 1000 paysages, 1000 aliments, 1000 cultures… c’est un pays extrêmement riche et diversifié, c’est un pays beau et intense. Mais tout n’est pas tout rose, le monde n’est ni tout noir ni tout blanc et ceci est mon expérience personnelle d’un court séjour à Medellín.

J’arrive tôt le matin après une douzaine d’heures dans un bus sur-climatisé (la température extérieure doit avoisiner les 30 degrés et dans le bus je dois me couvrir de ma polaire et d’un manteau et j’ai toujours froid). Je vais pouvoir rester chez un couchsurfer durant ce séjour mais il travaille jusqu’à 18h. Je laisse mon gros sac à dos au terminal de bus et je décide de partir à pied. Rien de mieux pour découvrir un lieu que de marcher. En prenant un bus ou le métro, je sais que je raterais une partie de la réalité de l’endroit. En plus j’ai toute la journée devant moi! J’emporte un carte touristique et hop, c’est parti.

Je commence par grimper au « pueblito paisa », petite colline verte au centre de la ville avec un chouette point de vue.

Vue du Pueblito Paisa

Vue du Pueblito Paisa

Pour rejoindre le centre, je dois traverser l’autoroute où je croise quelques habitants qui vivent entre les voies.

Je traverse une large zone industrielle où je sens quelques regards un peu trop intenses à mon goût. Je bois un jus d’orange et discute un petit moment avec cette agréable vendeuse.

J’arrive au centre. Ça faisait longtemps que je n’avais pas mis les pieds dans une grande ville et ce va-et-vient dense et chaotique ne m’avait pas manqué.

Je continue ma marche, je traverse le barrio Prado, j’arrive au « parque de los deseos » où l’on trouve un planétarium et un parc aquatique. Plus tard, j’écouterai qu’ici ont lieu des projections ciné plein air une fois par semaine et qu’on peut venir en profiter gratuitement.

Finalement, j’arrive au jardin botanique de Medellín. C’est un lieu très agréable, l’entrée est gratuite. Vous y trouverez des copains comme cette petite tortue ou l’iguane, et pourrez apprécier un extrait de l’énorme variété de la flore colombienne.

Tortuga

Tortuga

Iguane

Iguane

Il est 16h, je prends le métro en direction de la zona rosa, « el Poblado », joli quartier de restaurants chics et de fêtes interminables, où vit mon hôte. Je dois d’abord chercher mon sac à dos au terminal qui est de l’autre côté. Ensuite, chargé comme une mule, je dois grimper la montagne, marcher pendant 1h30 plus ou moins (bien sûr, je me perds), il fait environ 30 degrés, j’ai passé la nuit dans le bus à dormir par tranche de 15 minutes. Arrivé dans l’appartement, on fait connaissance, je mange et m’allongerai presque aussitôt!

Après une nuit reposante, je pars de nouveau à la découverte de la ville, cette fois, conseils de mon hôte en poche. Je vais en direction du barrio « Santo Domingo » auquel on accède en téléphérique. C’est étrange, ce téléphérique tout propre, impeccable, sécurisé et sécurisant qui passe au dessus de sortes de bidonvilles qui font penser au favelas brésiliennes.

Arrivé là-haut, je me fais accompagner par un petit bonhomme d’une dizaine d’années environ qui me demande de l’argent. Je ne lui en donnerai pas. J’estime que ce n’est pas l’aider. Je lui demande où sont ses parents, s’il travaille bien à l’école puis lui explique qu’il peut m’accompagner mais qu’il n’aura rien. Sur ce, il repart pour chercher un potentiel autre touriste qui aurait pitié.  Je croise quatre loubards d’une quarantaine d’années et entends qu’ils ont bien vu mon sac à dos et qu’ils seraient heureux de posséder ce qui s’y trouve. Au milieu de cet endroit se trouve une superbe et gigantesque bibliothèque. J’apprendrai  plus tard que l’on trouve de telles bibliothèques dans les quartiers les plus pauvres de Medellín, j’adore l’idée. Je déjeune une soupe de frijoles avec une bandeja de viande de cerdo, des lentilles, une salade et du riz accompagné d’un jus de mûres, le repas typique en fait.

Je passe par la « plaza Botero ». Botero est un artiste colombien réputé pour ses personnages aux formes  rondes.

Sur la plaza Botero

Sur la plaza Botero

 

Puis je ferai quelques courses pour préparer une petite salade de fruits surprise pour mon hôte. Cette fois, oui, on sort découvrir la vie nocturne de Medellín!

Après une bière dans un bar-tienda, nous irons nous poser sur la place Lleras, au milieu des bars, boîtes, fourmillante de vie festive et d’ivresse. Je me ferai interpeller « Amigo, what do you need? Coca, marijuana… ». Normal, on est à Medellín, quelques années auparavant s’y situait le quartier général de notre cher ami Pablo et il est simple de faire le lien avec les gringos ou autres occidentaux qui ne viennent ici pas seulement pour visiter les statues de Botero.

J’aime le fait d’être avec une personne qui vit sur place. Son point de vue expérimenté permet d’aller un peu au-delà du regard naïf d’un nouvel arrivant dans un lieu inconnu. On discutera et il me fera remarquer ces jeunes filles légèrement vêtues, certaines mineures de peut-être 14 ou 15 ans. On en voit qui viennent prendre « des instructions » auprès de types postés autour du parc. Personne ne semble choqué quand cet homme de plus d’une quarantaine d’années part bras dans les bras d’une trop jeune fille.

Sur le chemin du retour, nous rentrerons dans un hostal remplis d’étrangers faisant la fête. Je pense à ce drôle de paradoxe que j’ai observé plusieurs fois, au centre de la vie du voyageur: aller à l’autre bout du monde et rencontrer les personnes qui viennent du même endroit plutôt que la vie locale. Je comprends, c’est rassurant d’être parmi des personnes qui partagent de nombreux points communs (et le top: la même langue maternelle youhou!) et en même temps je trouve que l’essence même du voyage est l’ouverture aux cultures autres. Ceci dit, l’un n’empêche pas l’autre.

Nous rentrerons à l’appartement un brin éméché. J’irai m’allonger (la grande classe, j’ai une pièce pour moi) et quelques temps plus tard je me réveillerai. Effectivement, allongé par terre, « caché », je ressens mon hôte. Il fait un effort surhumain pour ne pas se faire remarquer. Trop tard. Il reste là environ dix minutes et une fois certain que je l’ai vu, il se lève, sort de la pièce et je lui demande de fermer la porte (surtout pour lui signifier que je suis conscient de sa présence). Il m’est un peu plus difficile de dormir sereinement maintenant. Aujourd’hui je partirai sans le revoir, puisqu’il travaille la journée et que j’ai l’intention de sortir de Medellín pour aller à Santa Fe de Antioquia. Je n’ai pas vraiment envie de savoir pourquoi il était là, ce qu’il a pu faire le temps que je dormais ou ce qu’il avait l’intention de faire… Ce matin je reçois un mail « J… a supprimé son compte couchsurfing ».

Au final, c’est une expérience forte et c’est ce que je cherche à travers ce voyage. Il doit y avoir du mouvement, se passer des choses belles et d’autres moins belles. Ce qui m’intéresse, c’est la vie comme elle est. Medellín est une grande ville parsemée d’inégalités énormes, avec des innovations culturelles, sociales et urbaines très intéressantes (au niveau des transports, des activités culturelles, de la stabilité du réseau de l’eau et de l’électricité… c’est un modèle en Colombie) et pour une petite partie, un esprit « Pablo Escobar » et argent facile qui lui ont survécu ET toutes ces choses que je n’ai pas eu la possibilité de voir du fait de mon court séjour!

Si tout se passe comme prévu, demain à l’aube, je serai à Turbo. De là j’embarquerai pour Capurganá en bateau, où j’ai l’intention de rester quelques temps pour profiter de ses plages paradisiaques, de la jungle, des gens, du fait qu’il n’y ait que peu d’électricité et un peu moins d’internet, des îles indigènes San Blas peut-être… avant de passer au Panamá de je ne sais quelle manière :D

Tu as lu jusqu’au bout? Merci!

De la plaza Botero

De la plaza Botero

Au jardin Botanique

Au jardin Botanique